Si je ne devais garder qu’une seule saga dystopique, je crois que ce serait Hunger Games. Je pense que ces livres ont largement mérité leur succès, car ils réunissent un univers d’une cruauté qui sonne très juste, des personnages multidimensionnels et des intrigues qui sont – ironiquement – très divertissantes. Dans cet article, je vous explique ce qui me plait tant dans Hunger Games. Il y aura des spoilers, donc si vous n’avez pas lu la saga (ou vu les films), passez votre chemin !
Pour vous rafraîchir la mémoire…
« Dans un futur sombre, sur les ruines des États-Unis, un jeu télévisé est créé pour contrôler le peuple par la terreur. Douze garçons et douze filles tirés au sort participent à cette sinistre téléréalité, que tout le monde est forcé de regarder en direct. Une seule règle dans l’arène : survivre, à tout prix. Quand sa petite sœur est appelée pour participer aux Hunger Games, Katniss n’hésite pas une seconde. Elle prend sa place, consciente du danger. À seize ans, Katniss a déjà été confrontée plusieurs fois à la mort. Chez elle, survivre est comme une seconde nature… » (4ème de couverture de Hunger Games)

Dans cet univers dystopique, les citoyens les plus puissants de Panem vivent au Capitole dans la richesse, tandis que les moins fortunés vivent au sein de douze Districts. Katniss vient du District 12, l’un des plus pauvres, et chasse dans la forêt clandestinement pour nourrir sa mère et sa sœur depuis que son père est mort.
Panem et circenses
Panem, c’est le nouveau nom donné aux Etats-Unis. Pourquoi « panem » ? Cela vient d’une citation latine « Panem et circenses », qui signifie « Du pain et des jeux ». Par cette expression, le poète latin Juvénal affirmait que, pour contrôler le peuple, il suffit de s’assurer qu’il ait le ventre plein et soit diverti (je paraphrase). « Panem » est donc un nom particulièrement approprié pour un pays dans lequel les plus riches consomment goulûment nourriture et divertissement, notamment sous la forme des Hunger Games. C’est aussi un nom d’une grande ironie lorsqu’on a connaissance de la terrible pauvreté de la plupart des districts.

Le pain aura d’ailleurs une symbolique importante dans la saga : Peeta, l’autre tribut du District 12, vient d’une famille de boulanger et il avait permis à Katniss ne pas mourir de faim, quelques années plus tôt, en lui lançant un pain. Suzanne Collins a-t-elle fait exprès de donner à Peeta un prénom qui est un homonyme de « pita », un pain oriental ? Je l’ignore, mais c’est assez cocasse ! L’auteure raconte en tout cas qu’elle a eu l’idée de la saga en zappant d’une chaine de télévision à l’autre. Elle est tombée successivement sur un reportage de guerre et un show de téléréalité, et l’idée a germé.
Mais quel est l’intérêt des Hunger Games ? Pourquoi le Capitole se donne-t-il autant de mal pour transformer une exécution en spectacle ?
Diviser pour mieux régner
Les jeux sont un moyen d’oppression d’une brillante cruauté. Ils font régner la peur au sein des districts en menaçant leur jeunesse, puisque les tributs ont entre 12 et 18 ans. Les parents tremblent pour leurs enfants et les enfants grandissent dans la peur, ce qui assure le contrôle au Capitole. De plus, lors des Hunger Games, les différents districts s’affrontent à mort : cette mise en compétition radicale entretient la haine et la rancœur entre les districts. Non seulement cela déplace en partie la culpabilité du Capitole (ils ne sont pas tout à fait des bourreaux puisque ce sont les jeunes des districts qui s’entretuent), mais en plus cela divise les districts, ce qui les empêche de se liguer contre le Capitole pour mener une rébellion.

Cependant, si les jeux divisent les districts, ils unissent les citoyens du Capitole. Les Hunger Games les confortent dans leur fausse impression de supériorité : les habitants des districts sont perçus comme des bêtes de foire violentes et instables, des animaux sauvages qu’il faut à tout prix contrôler par la force. Par les jeux, le Capitole cherche à justifier sa domination sur le peuple. Enfin, l’aspect spectaculaire des jeux crée un détachement : il ne s’agit pas d’une exécution barbare, mais d’un spectacle à grande échelle. Les habitants du Capitole sont trop fascinés par le spectacle pour prendre du recul sur les horreurs qu’ils voient. Confortés dans leur souveraineté, richement vêtus, nourris et divertis, ils se complaisent dans leur rôle de spectateurs.
Des contrastes saisissants
Le Capitole est un véritable temple de l’opulence : ses habitants sont vêtus de costumes riches et haut en couleurs et portent des maquillages et prothèses décadents ; ils ont tant de nourriture qu’ils vont jusqu’à se faire vomir pour pouvoir manger à nouveau… tandis que dans les districts certains meurent de faim, le travail est rude et les sources de divertissements quasi inexistantes.

Quand Katniss et Peeta arrivent au Capitole avant de participer aux jeux, ils pénètrent dans un enfer déguisé en paradis. La mort les attend mais on les couvre de présents, de mets délicats, de costumes élégants. On les rend « présentables » avant de les montrer au public, en somme, et on se donne bonne conscience avant de les envoyer à l’abattoir.
Le mot de la faim
Le concept des Hunger Games est très fort et Suzanne Collins l’a développé à la perfection dans un univers riche et complexe, avec des personnages intéressants et multidimensionnels. Ils sont tous profondément imparfaits, pourtant beaucoup sont très attachants, et l’on devient nous-mêmes spectateurs de ces horribles jeux, à souhaiter de tout cœur que Katniss et Peeta s’en sortent.
Il pourrait presque y avoir un certain voyeurisme dans la lecture de ces livres, une forme de complicité dans le fait de tourner les pages. Toutefois, ces livres ne font pas l’apologie de la violence : ils la dénoncent. Pour cela, l’autrice a fait le choix courageux de ne pas édulcorer la violence des jeux, même si le livre est destiné à la jeunesse.

Bien que les films adaptés de cette saga ne puissent en retranscrire toute la complexité (dans les livres, Katniss est la narratrice, ce qui lui ajoute beaucoup de profondeur), je trouve que c’est une adaptation cinématographique très réussie, tant dans le scénario, le casting, les décors, les costumes et la musique. En tout cas, Hunger Games est une de mes sagas favorites et le deuxième opus est mon préféré.
N’hésitez pas à me dire en commentaire s’il y a d’autres choses que vous aimez dans cette saga et quel livre/film vous préférez… et puisse le sort vous être favorable !

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