Parfois, le titre d’un livre s’impose comme une évidence. D’autre fois, il est insaisissable, dissimulé entre les lignes du récit. « Qu’y a-t-il dans un nom ? Une rose sentirait tout aussi bon avec un autre nom. », disait Shakespeare. Je renchéris donc : qu’y a-t-il dans un titre ? Le titre est-il un élément essentiel du livre ou simplement une étiquette qu’on lui colle ?
L’intérêt d’un bon titre
A l’instar de la couverture, le titre fait partie de ce que l’on voit en premier quand on découvre un livre. Il nous renseigne sur le genre du livre (tiens tiens, ce roman s’appelle « Le Secret des Derniers Dragons« , je me demande si c’est plutôt de la fantasy ou un essai philosophique sur le consumérisme…) et peut suffire à nous donner envie de prendre le livre et de le feuilleter.
Pour illustrer mon propos, voici quelques exemples de titres qui m’ont intriguée, pour diverses raisons :
- Et il meurent tous les deux à la fin, d’Adam Silvera : clairement, on a envie de savoir si c’est vrai ou pas ! C’est rudement efficace !
- La grâce du dindon déplumé, de Juliette Rontani : ça m’a fait sourire et je me suis dit que ça présageait un roman rempli d’humour.
- Ce que le jour doit à la nuit, de Yasmina Khadra : c’est poétique, tout simplement.

Cela dit, je ne pense pas qu’un titre exceptionnel ou intrigant soit indispensable. Ce qui compte le plus, c’est que le titre révèle quelque chose du roman.
Le titre : un reflet condensé
Non seulement le titre doit être un reflet de ce que contient le roman, mais en plus il doit contenir, de manière extrêmement condensée, un « résumé » de celui-ci.
Je m’explique : résumer son livre est un exercice très difficile (croyez-en l’expérience de quelqu’un qui a dû résumer plusieurs de ses manuscrits pour les envoyer à des maisons d’édition). On a passé tellement de temps à écrire son roman, à vivre avec ses personnages, à peaufiner chaque phrase, qu’on ne veut surtout pas trahir l’essence de ce qu’on a créé. En quelques centaines de mots c’est déjà compliqué, alors en seulement quelques mots, ça doit être impossible… non ?
Pourtant, à mon sens, c’est exactement ce que doit être un titre. Un résumé du livre en quelques mots. Et comme en quelques mots on ne peut vraiment pas tout dire, il faut capter l’essence de ce qu’on a écrit. C’est un véritable travail de chimiste : on filtre chacun des milliers de mots qui composent le livre et on en tire un concentré pur et qui dit quelque chose du livre.
Ce filtrat peut être d’une extrême simplicité (exemple : Hunger Games, de Suzanne Collins – deux mots, le concept clé de la saga, et voilà !) ou plus long (exemple : Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon – ça correspond totalement à l’esprit du livre et à son narrateur), ou plus poétique (exemple : A quoi rêvent les étoiles, de Manon Fargetton – tout à fait adapté à la très belle plume de cette autrice et au thème de constellation du roman).

Alors, comment trouver le titre de son roman ?
Et bien, si on ne l’a pas d’entrée de jeu, ce n’est pas une mince affaire ! Pour le manuscrit que j’ai écrit peu après avoir fini ma saga La Comète, il m’a fallu beaucoup de temps. J’ai écrit au moins la moitié du manuscrit en question en n’ayant qu’un titre provisoire, ce qui était très frustrant !
Ce manuscrit raconte l’histoire d’une lycéenne et de son groupe d’amis essayant de démasquer un harceleur anonyme qui sévit dans leur école. Mais l’essence du livre, c’est que le personnage principal se sent terne, invisible par rapport aux autres ; vers la fin du roman, elle arrive à exprimer ce sentiment en disant qu’elle a l’impression d’être bleue, tandis que d’autres autour d’elle sont rouges. Je voulais que le titre contienne cette théorie des couleurs et j’avais trouvé le « Le Rouge et le Bleu », qui me plaisait bien parce que c’est un clin d’œil au roman Le Rouge et le Noir, de Stendhal, que je citais en plus dans le manuscrit.

Mais petit hic, Le Rouge et le Bleu est le nom d’un journal français collaborationniste paru en 1941. Pas génial, quoi. Moralité : il faut ABSOLUMENT faire une recherche sur internet avant de se décider sur son titre ! Autant ne pas donner à son roman un titre connoté négativement, ou un titre déjà porté par un best-seller, par exemple.
Alors pour trouver mon titre, j’ai pris une feuille blanche et j’ai noté tous les mots qui me passaient par la tête en pensant à mon manuscrit. J’ai essayé de les mettre ensemble, j’ai testé toutes les combinaisons possibles, mais ça ne me convenait pas. Je restais fixée sur cet idée de bleu et rouge, je savais qu’un titre fidèle devrait nécessairement contenir cette idée. Finalement, la solution est apparue lors d’un appel avec mon frère : je lui parlais de ce titre que je ne trouvais pas, je lui disais quelles idées je voulais qu’il contienne… et tout d’un coup, c’est venu ! Je vous le dis (en exclusivité) ici parce que ce roman pas (encore) publié : il s’appelle Bleu écarlate.
En résumé, pour trouver un bon titre, il faut…
- Chercher à y mettre l’essence même de son roman
- Faire une petite recherche internet pour éviter une grosse gaffe
- Brainstormer, réfléchir à haute voix et/ou demander un point de vue extérieur
- Prendre son temps : le bon titre finira par apparaître !
Et vous, quels sont vos titres préférés ? Est-ce qu’un titre vous a déjà donné envie de lire un livre ?

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