Nous connaissons tous des gens qui ont des tics de langage : au lycée, j’avais une prof de SVT qui n’arrêtait pas de dire « effectivement » et à la fac une prof qui disait 36 « voilà » par minute ! Mais saviez-vous qu’il existe aussi des tics d’écriture ? Parfois c’est un mot précis ou une expression, d’autres fois c’est un type de formulation de phrase, ou juste un élément qui n’arrête pas de revenir au sein d’un texte.
Il faut se méfier des tics d’écriture car il peuvent créer un style d’écriture redondant et manquant de finesse, ce qui peut complètement sortir le lecteur de l’histoire. Ainsi, je pense qu’il est important d’avoir conscience de ses propres tics d’écriture. Je vais donc vous parler de ceux qu’on retrouve le plus couramment dans des textes… et aussi des miens !
Regards, sourires et sourcils
Une autrice et youtubeuse, Christelle Lebailly, dont j’ai récemment découvert les vidéos, m’a rendue attentive à cela (n’hésitez pas à aller voir ce qu’elle fait, il y a plein de conseils d’écriture qui peuvent être intéressants à piocher). Dans une vidéo sur les tics d’écriture, elle évoquait le fait que beaucoup d’auteurs parlent trop souvent des regards des personnages, de leurs sourires et de leurs haussements de sourcils alors que parfois, ça n’apporte rien à l’histoire. Depuis, j’ai essayé de faire attention en me relisant et je plaide coupable !

Si je cite souvent les regards et mimiques faciales, c’est parce que quand j’écris, je me représente vraiment la scène dans ma tête et j’essaye de retranscrire le plus fidèlement possible ce que je vois. Sauf que tout n’est pas bon à relever et je pense que, bien souvent, on peut se passer de préciser qu’il y a eu un regard ou un sourire et apporter un peu de variété en disant les choses autrement.
Dire, faire, avoir, être
Dans mon article sur l’écriture des dialogues, j’insistais sur l’importance des verbes de parole : à mon sens, il ne faut pas utiliser le verbe « dire » à tout bout de champ. Déjà, il faut éviter la répétition (répéta-t-elle), et puis « dire », à l’instar de « faire », c’est très vague ! On gagne à utiliser un vocabulaire précis et varié, y compris pour les verbes.
Bien sûr, ça ne veut pas dire qu’il faut à tout prix bannir « faire » de son vocabulaire : il y a des expressions consacrées où on ne peut pas le remplacer et des phrases qui seraient alourdies par l’emploi d’un mot plus précis. Personnellement, j’aime bien utiliser un bon vieux « ctrl+f » (pour ceux d’entre vous qui ne seraient pas familiers avec ce procédé magique, il s’agit d’un raccourci clavier permettant d’effectuer la recherche d’un mot ou d’une expression au sein d’un document). Je fais une recherche des verbes vagues que l’on emploie couramment et, si c’est pertinent, je les remplace. En général, je recherche les verbes « dire », « parler », « faire », « être » et « avoir » à l’infinitif et dans leurs formes conjuguées (pas à toutes les personnes, je vous rassure, mon perfectionnisme n’a pas encore atteint ce degré de folie).

Ni oui ni non
Dans la vie de tous les jours, on passe son temps à dire « oui » ou « non ». Dans un roman, ça peut considérablement alourdir les dialogues et c’est à utiliser avec parcimonie. Idem pour les formules de politesse : « merci », « de rien », « tout le plaisir est pour moi » – même si vous êtes quelqu’un de très cordial, inutile que vos personnages le soient à l’extrême !

Alors… voilà
Personnellement, j’ai tendance à beaucoup utiliser le mot « alors », pourtant il est rarement nécessaire. Il faut faire attention à ne pas abuser des petits adverbes et conjonctions comme « donc », « alors » ou « voilà ». Souvent, on peut s’en passer ou, a minima, les remplacer. Au lieu d’écrire « mais » sans arrêt, écrivez « toutefois », « cependant » ou « néanmoins » !
Comment se débarrasser de ses tics d’écriture ?
Vous devez peut-être vous dire : « Bon, c’est bien chouette tous ces conseils, mais ce n’est pas facile d’être attentif à tout ça et on ne peut pas faire des ctrl+f à tout bout de champ ! », et vous avez raison. Tout d’abord, je vous dirais que plus vous êtes attentif à votre style, plus vous apprendrez à repérer vos tics d’écriture : avec le temps et l’entrainement, on développe un véritable radar à répétitions. Par ailleurs, on peut se faire lire par d’autres personnes et leur demander d’être attentives à ça, de relever les mots ou expressions qui reviennent beaucoup. Enfin, il existe des sites et logiciels de type « word frequency counter », qui comptent les mots revenant très souvent au sein d’un texte ; je n’en ai jamais utilisé, mais ça peut être un outil intéressant pour faire la chasse aux tics d’écriture !

La répétition peut avoir du bon !
Tout au long de cet article, j’ai insisté sur les effets néfastes des tics d’écriture qui apportent de la redondance au sein d’un texte. Mais la répétition n’est pas toujours une mauvaise chose ! Faite sciemment, elle peut avoir plusieurs intérêts : mettre l’accent sur une thématique importante, créer un style reconnaissable, apporter du « comique de répétition » ou encore donner une caractéristique à un personnage.
Par exemple, J. K. Rowling maîtrise à la perfection la répétition en donnant aux personnages de sa saga Harry Potter des caractéristiques qui reviennent régulièrement et permettent au lecteur de tout de suite les identifier. Elle cite bien souvent les cheveux « d’un noir de jais » de Harry, les mains immenses de Hagrid (de la taille d’un « couvercle de poubelle », si mes souvenirs sont bons !) ou les lunettes « en demi-lune » de Dumbledore. Grâce à ces répétitions, elle peut évoquer ces personnages sans même les nommer, juste en citant ces détails de leur apparence (pour ceux d’entre vous qui seraient férus de figures de style, concluons donc que Rowling est la reine de la métonymie !).
Alors, donc, voilà, j’espère que cet article vous a plu ! Est-ce que vous avez déjà repéré un tic d’écriture dans un de vos textes ou dans un livre que vous lisiez ?

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