Construire les personnages de son roman – 2/3

Je vous le disais dans mon précédent article : pour écrire un bon roman, il faut construire des personnages intéressants. Nous avons déjà évoqué quelques éléments de base dans la partie 1 (le nom, l’âge, la profession et la description de l’apparence physique) et nous allons à présent entrer dans le vif du sujet : la personnalité.

Comment donner à ses personnages une personnalité intéressante et complexe ? Comment créer des personnages qui ont tous leur personnalité propre ? En somme, comment réellement faire exister ses personnages ? Voilà tout ce que nous allons explorer dans cet article !

Centres d’intérêt

Quand on crée un personnage, il faut absolument se demander ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas. On peut commencer par des choses assez basiques, comme la couleur, l’animal ou l’aliment préféré/détesté (je me dois ici de mentionner le coup de génie de J. K. Rowling, quand elle a pensé à faire de l’odieuse Dolores Ombrage une fan de la couleur rose et des chats), mais il ne faudra pas s’arrêter là.

Il faut se demander : qu’est-ce qui passionne le personnage ? Qu’est-ce qui le fait vibrer ? Parfois, la réponse sera simple : la musique, la peinture, le sport, la gastronomie… Parfois, il faudra fouiller davantage, car la réponse ne tiendra pas en un seul mot. Certains personnages – tout comme certaines personnes – n’ont pas de passion concrète, mais ça ne veut pas dire que rien ne les passionne ! Peut-être que le personnage est passionné par les autres, tout simplement, et que ce qu’il aime par dessus tout, c’est rencontrer des nouvelles personnes ou discuter avec les gens qu’il aime. Ou peut-être que le personnage est animé par le fait d’apprendre, quel que soit le domaine. Peut-être encore que le personnage est féru de nouvelles expériences, qu’il aime le changement et la liberté : tout cela n’est pas aussi simpliste qu’une passion pour le tennis de table, mais c’est finalement plus profond et ça peut donner une clé de compréhension du personnage, de ses choix et de ses actes.

« Moi j’ai un rêve »

Vous connaissez cette scène, dans le dessin animé Raiponce de Disney, ou un groupe de truands se met à chanter « Moi j’ai un rêêêêêve » ? C’est une de mes scènes préférées du film, parce que tout d’un coup, cette bande de brutes se transforme en enfants, leur violence apparente laisse place à une joyeuse innocence. Alors je ne dis pas que votre personnage doit, au beau milieu du livre, sauter sur une table et chanter à tue-tête qu’il rêve de devenir le premier homme à aller sur Mars ; en revanche, demandez-vous toujours quel est le rêve de votre personnage.

Comme pour sa « passion », peut-être que ce ne sera pas un rêve simple. Peut-être que ce sera un rêve complètement inaccessible et puéril, ou peut-être que ce sera un rêve noble et altruiste. Peut-être aussi que le personnage se sera fait rouler dessus par la cruauté de l’existence et aura depuis longtemps mis ses rêves de côté. En tout cas, il faut que vous sachiez ce qu’il y a dans le cœur du personnage, ce qui le tient éveillé la nuit, ce qu’il regretterait le plus de ne pas avoir réalisé si sa vie devait subitement s’arrêter.

Qualités et défauts

C’est sûrement la première chose à laquelle on pense lorsqu’on parle de la personnalité de quelqu’un, et ce n’est pas pour rien. Je pense que quand un personnage est bien construit, le lecteur est capable de lui attribuer sans problème au moins 3 qualités et/ou défauts.

Je vous donne quelques exemples issus de sagas que j’apprécie (Percy Jackson, Harry Potter, La Quête d’Ewilan) :

  • Percy Jackson : loyal, malin, impulsif
  • Hermione Granger : sérieuse, courageuse, stressée
  • Ewilan Gil’ Sayan : brillante, ferme, déterminée
  • Ellana Caldin : libre, audacieuse, dure

Je pourrais continuer cette liste indéfiniment, mais vous avez compris le principe : il faut attribuer au personnage des qualités et des défauts et les transmettre au lecteur à travers les paroles, les actes, les choix de ce personnage. En cas de confrontation, choisira-t-il de fuir, de négocier ou de se battre ? En cas de problème, réfléchira-t-il seul, se confiera-t-il à quelqu’un ou cachera-t-il son souci sous le tapis ? En cas de provocation, répondra-t-il par une réplique bien sentie, par un coup de poing ou par le silence ?

Si vous avez bien construit le caractère de votre personnage, vous aurez instinctivement la réponse à toutes ces questions. En fait, ce sera si évident que votre personnage semblera avoir une vie propre, être capable de faire ses propres choix et de parler pour lui-même. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’aime autant écrire les dialogues : quand je connais vraiment bien mes personnages, je n’ai aucun effort à faire pour trouver ce qu’ils vont dire ; je le sais.

Les personnages n’existent pas seuls

Jusque-là, nous avons évoqué la construction des personnages indépendamment, mais on ne saurait construire tous ses personnages comme s’ils allaient vivre seuls. Les personnages d’un roman forment une toile : ils existent les uns en lien avec les autres et il faut les construire ainsi.

Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est créer ses personnages comme des copies conformes : certains peuvent avoir des points communs, bien sûr, mais il faut absolument que chacun soit unique et bien identifiable par le lecteur. Pour éviter que les personnages ne se ressemblent trop, il faut bien sûr penser à leurs centres d’intérêt, leurs rêves et aspirations et leurs caractères, mais aussi à leurs histoires : quels événements marquants ont-ils vécu ? Qu’est-ce qui a fait qu’ils sont devenus ceux qu’ils sont ? Nous reviendrons plus en détail sur cela dans le prochain article que j’écrirai sur la construction des personnages.

Par ailleurs, un outil intéressant à utiliser est la construction en miroir des personnages : c’est particulièrement judicieux pour créer un bon antagoniste ! Si le « méchant » de l’histoire est une sorte de reflet sombre du héros, il sera encore plus menaçant car il sera familier, comme une projection obscure du protagoniste qui poussera le lecteur à se demander : « et si ? » ; « et si le héros avait vécu ce qu’a vécu le méchant, serait-il devenu meilleur ou encore pire que ce dernier ? » ; « et si le méchant n’était pas celui des deux que l’on croyait ? ».

Pour finir sur un exemple léger, je citerais le dessin animé Megamind, des studios DreamWorks, dans lequel le « méchant » est devenu ainsi simplement parce qu’on lui a collé cette étiquette (un peu la même idée que dans Shrek, des mêmes studios, où l’ogre est traité comme un paria alors que tout ce qu’il veut, c’est vivre tranquillement dans son marais, prendre des bains de boue et manger des limaces !)

Personnalité = identité ?

Dans le troisième et dernier article de cette série, je vous montrerai que la personnalité du personnage ne fait pas tout : d’autres éléments-clés forgent son identité, et il ne faut pas les négliger si on veut lui donner de la profondeur.

Et vous, vous arriveriez à décrire vos personnages préférés en 3 adjectifs ? Pensez-vous que certains protagonistes sont en fait des méchants en puissance ?


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