Comment écrire un bon dialogue ?

Les dialogues sont le cœur d’un roman. Quand ils sont réussis, ils apportent de la vivacité à l’histoire et de l’épaisseur aux personnages, car ils sont le vecteur de leur caractère et de leurs émotions. Quand ils sont ratés, le lecteur est tout de suite sorti de sa lecture, l’histoire devient plate et les personnages superficiels.

C’est sans doute parce que l’enjeu est si grand que les dialogues sont la bête noire de certains auteurs. Personnellement, c’est ce que je préfère écrire ! Dans cet article, je vous expose quelques éléments qui sont, à mon sens, essentiels à avoir en tête pour écrire de bons dialogues.

« Moi, les dialogues, ça m’connaît, je suis un beau parleur, et d’ailleurs…

– Taisez-vous, Bernard. »

Donner à chaque personnage sa propre voix

Je suis parfois agacée en lisant un livre, parce que tous les personnages ont la même « voix », c’est-à-dire que les répliques sont quasi interchangeables d’un personnage à l’autre. Dans un roman, il faut absolument que chacun ait sa propre manière de parler !

Avant toute chose, cela demande de bien connaître ses personnages. J’écrirai prochainement un article sur le sujet, car c’est une vaste question ! En attendant, voici une liste (non exhaustives) des variables sur lesquelles on peut agir en écrivant un dialogue :

  • Le niveau de langue : un personnage peut parler de façon familière, courante ou soutenue ; cela peut varier en fonction de l’interlocuteur et de la situation, mais c’est intéressant à utiliser !
  • Le ton : un personnage peut avoir tendance à adopter un ton plutôt sérieux, plutôt léger, plutôt neutre ; ça influera sur la manière dont il sera perçu par le lecteur. Bien sûr, il faut aussi tenir compte de l’état émotionnel du personnage au moment où il parle.
  • Le sens de l’humour : un personnage peut être plutôt ironique ou pince-sans-rire, manier l’absurde, ou même faire des blagues un peu lourdes ; on peut attribuer un certain type d’humour à un personnage, ça le rendra plus réel.
  • La longueur des phrases : un personnage peut être laconique et répondre par mots voire monosyllabes, tandis qu’un autre peut être amateur de longues tirades ; ça en dit long sur leur personnalité et c’est donc à manier consciemment !
  • L’éloquence : pas tout le monde ne parle avec la même facilité et les personnages ne doivent pas tous être de grands orateurs. Certains peuvent peiner à trouver leurs mots, hésiter, bredouiller, tandis que d’autres peuvent s’exprimer avec aisance, rapidité et précision. Encore une fois, ça révèle un aspect de leur personnalité.

Ainsi, on peut écrire une seule réplique de cent façons différentes ! Par exemple, voilà 10 manières dont un personnage peut dire qu’il ne va pas bien (ça ne vaut pas la tirade du nez de Cyrano, mais ça illustrera mon propos) :

  1. Je ne vais pas bien. (neutre, très simple, pas vraiment d’émotion)
  2. Ça va pas. (laconique, familier)
  3. Je me porte comme un charme… (ironique, soutenu)
  4. Je ne suis pas au sommet de ma forme. (forme négative)
  5. Je suis pas dans mon assiette. (forme négative, imagée, familière)
  6. Je ne dors pas bien en ce moment, je suis absolument épuisé et complètement démoralisé… c’est vraiment une mauvaise période pour moi, tu sais ? Et puis j’ai trop de travail, à la maison ça ne va pas non plus… (détaillé, toute une diatribe avec plein d’informations alors que son interlocuteur voulait juste qu’on lui passe le sel)
  7. Je… je ne sais pas… ça va pas trop… (hésitant, les mots sortent plus difficilement)
  8. Je ne me suis jamais senti aussi mal. (drama queen)
  9. Je vais aussi bien qu’un poisson rouge entouré de piranhas ! (humoristique et très imagé)
  10. Non, ça va pas, alors fiche-moi la paix ! (familier, en colère)

Varier les verbes de parole

Pas tous les auteurs ne seront d’accord avec moi, mais je trouve qu’on s’ennuie quand les seuls verbes de parole d’un dialogue sont « dire », « répondre » et « demander ». Bien sûr, ce n’est pas parce qu’on varie ces verbes qu’on doit en mettre un à chaque réplique (ça alourdirait considérablement le style), mais j’aime utiliser des verbes de parole variés pour donner plus de vie, plus de caractère aux dialogues.

Un petit exemple :

  • Comment as-tu osé faire ça ? demanda-t-elle. -> C’est plat, il ne se passe pas grand chose émotionnellement.
  • Comment as-tu osé faire ça ? murmura-t-elle. -> Il se passe quelque chose, le personnage est sous le choc ou blessé au point de parler tout bas. 

« Non, Francis, assena-t-elle. Ce que vous avez fait est inacceptable. »

Jouer sur le rythme

Une alternance de longues répliques produira un effet différent d’une suite de répliques hachées. Si deux personnages ont une discussion calme et profonde, on peut privilégier un rythme plus lent ; pour une dispute, plutôt un rythme rapide.

Reproduire le réel… mais pas trop

Dans la vraie vie, on s’interrompt, on se répète, on trébuche sur les mots, on se trompe, on ne finit pas nos phrases. C’est intéressant de rechercher à reproduire le réel quand on écrit mais il faut le faire à bon escient, autrement la lecture ne sera pas fluide. Il s’agit donc de trouver un équilibre : le dialogue doit « faire vrai » pour être assez crédible et immersif, mais pas au point de devenir une transcription de dialogue oral, sous peine d’être désagréable à lire.

Quand un personnage bute sur un mot, il faut que ça ait du sens : peut-être est-il stressé, mal à l’aise ou confus ? En tout cas, ça ne doit pas être par simple souci de réalisme.

Eviter les banalités

Salut ça va ? Oui et toi ? Ça va ! Il fait chaud aujourd’hui, hein ? NON, NON et NON ! Ce genre de dialogue vous garantira l’endormissement prompt et efficace du lecteur, alors à moins d’y mettre du sens (exemple : montrer que deux personnages n’ont vraiment rien à se dire ou qu’un personnage est ennuyeux), il faut à tout prix éviter ce genre de banalités !

« Tu as vu ce temps ? Et dire qu’on est en octobre… y’a plus d’saisons ! »

Pour conclure

Un dialogue doit toujours avoir un but : faire avancer l’histoire, développer les relations entre les personnages, faire comprendre quelque chose au lecteur… un dialogue peut avoir de nombreuses utilités et il faut en tirer profit !

Et vous, il y a des choses que vous appréciez particulièrement ou détestez voir dans un dialogue ?


En savoir plus sur Yaël Lipsyc – Ecrivaine

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Réponses

  1. Avatar de alainlipsyc

    J’ai adoré cet article ! Et les illustrations sont vraiment marrantes.

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de serenantbooks

    Cet article était TROP MARRANT !!

    Merci pour ces précieux conseils. Je suis plutôt team « les dialogues sont ma bête noire » alors c’est vraiment chouette d’avoir des outils concrets à manipuler.

    Aimé par 1 personne

N’hésitez pas à laisser un commentaire !